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Lot n°248 - 248 [ENLUMINURE] Deux enluminures extraites d'un livre manuscrit (livre de prière

Grande vente cataloguée d'art classique
Sunday 11 October 2026
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Description :

248 [ENLUMINURE]
Deux enluminures extraites d’un livre manuscrit (livre de prière ? livre d’heures ?)
Miniatures sur parchemin, encre et gouache
Miniatures contrecollées (verso non vu)
France, Normandie ? Picardie ?, vers 1530-1540

Sainte Agnès présentant Jeanne de France (1464-1505) et son confesseur Gabriel-Maria Nicolas (?) (1462-1532)
Dimensions à vue : 145 x 110 mm

Cène avec Jeanne de France (1464-1505) en prière à son prie-Dieu
Dimensions à vue : 145 x 110 mm

Miniatures inscrites dans des encadrements reliquaires tissés et brodés, fils d’argent, dorés et de soie, travail du XVIIIe siècle (dimensions des encadrements reliquaires : 390 x 290 mm). Quelques défauts à signaler (quelques manques de reliques ou fleurs tissées et brodées dans les encadrements ; quelques défauts aux galons et pourtours qui entourent les reliquaires ; miniatures avec petits trous ou perte de surface picturale par endroits). Au dos, toile vierge couvrant le châssis.

Ces deux miniatures proviennent très certainement d’un manuscrit, peut-être un recueil de dévotions ou de prières. Elles ne semblent pas être des scènes classiques que l’on trouverait dans un livre d’heures mais peuvent être extraites d’un manuscrit de dévotion autour de Jeanne de France et son Ordre de l’Annonciade. Si ces miniatures faisaient à l’origine partie d’un livre d’heures, la Cène devait probablement illustrer les Heures de la Passion (comme dans les Heures dites de Chappes, Paris, BnF, Arsenal, ms. 438, f. 15), tandis que l’image de saint Agnès accompagnait vraisemblablement une prière de suffrage. Le style des ornements de la bordure encadrant les miniatures, encore partiellement visibles sous le cadre tissé, confirme une datation dans les années 1530-1540.

Les miniatures ont été remontées dans des encadrements reliquaires tissés au XVIIIe siècle. Les reliques présentes, la plupart enveloppées et ficelées, certaines reliques apparentes, sont évidemment décorrélées de la personne de Jeanne de France, mais en insérant ces deux images figurant Jeanne, par exemple lors de sa béatification au XVIIIe siècle, il est clair que l’on cherchait à placer Jeanne de France parmi les « sanctifiables ».

Un personnage monastique féminin couronné : Jeanne de France, fondatrice de l’Ordre de l’Annonciade

Nous proposons d’identifier la reine couronnée, mais non nimbée, à Jeanne de France (1464-1505), un temps épouse de Louis d’Orléans, futur Louis XII, répudiée par Louis d’Orléans en 1498 à l’issue d’un procès célèbre et humiliant. Elle note dans son Testament : « J’étais fille, sœur, épouse de rois de France et si je n’avais pas été chassée du lit conjugal, un roi de France m’aurait appelée mère… » (cité dans Dinet, Moracchini et Portebos, Jeanne de France et l’Annonciade, Paris, 2004, p. 10). Jeanne sera béatifiée en 1742 et sanctifiée en 1950, désormais désignée comme sainte Jeanne de France.

Jeanne de France, titrée duchesse de Berry après sa répudiation, était la fille de Louis XI et Charlotte de Savoie, sœur d’Anne de Beaujeu, un temps régente de France et sœur du roi Charles VIII. Jeanne de France avait été promise à Louis d’Orléans par Louis XI qui espérait secrètement que le couple n’aurait pas d’enfants (Jeanne était infirme), évitant ainsi l’accession au trône d’un membre de la famille d’Orléans.

Avec son confesseur franciscain le Père Gabriel-Maria (Gilbert Nicolas, récemment béatifié le 21 février 2026 !), Jeanne de France fonde en 1501 à Bourges l’Ordre de l’Annonciade (ou Ordre de l’Annonciation de la Vierge Marie). Cet Ordre essaime rapidement, avec d’autres fondations dont celles d’Albi (1507), Béthune (1516), Bruges (1517), Rodez (1519), Bordeaux (1520), Chanteloup (1529) et Louvain (1530).

Ces deux scènes mettent en scène une reine vêtue de blanc et voilée en noire, couronnée et portant un sceptre-crucifix. Cela correspond à l’habit des Annonciades comme on le voit dans plusieurs représentations des religieuses Annonciades mais il faut également un scapulaire rouge : on distingue dans les représentations de la moniale couronnée, une écharpe ou bande de tissu rouge (couleur pâle dans les miniatures mais qui semble être dans les tons rouges ou rose foncé).

Ces miniatures sont peintes dans un style qui rappelle les productions du nord de la France (Normandie, Picardie), sans que l’on puisse à ce stade les rattacher à un peintre en particulier. Elles nous paraissent réalisées dans le contexte des monastères liés au mouvement des franciscains affiliés à l’Observance (Clarisses de l’Observance, monastères de l’Ave Maria, monastères des Annonciades). Notre artiste n’est pas sans rappeler les œuvres d’artistes normands tel le Maître des Heures Ango (actif 1514-1538) ou encore le Maître de Girard d’Acarie (actif en Normandie dans les années 1520-1540). Dans la première miniature, Jeanne de France, peinte en grisaille, assiste à la Dernière Cène, agenouillée en prière devant son prie-Dieu avec un livre ouvert. Dans la seconde miniature, Jeanne de France et Gabriel-Maria Nicolas (?), peints en grisaille, sont agenouillés en prière, devant leurs prie-Dieu avec des livres ouverts, en présence de sainte Agnès. Accompagnée de son agneau, Agnès tient la palme du martyre et un livre. Elle se détache devant une tenture fleurie maintenue par deux putti ailés. Le style de son vêtement suggère une datation dans les années 1530. Sainte Agnès porte une robe à corsage ajusté et encolure carrée, munie de manches en deux parties, avec jupe ample portée sur une sous-jupe blanche. Des bandes brodées ornent le décolleté, la taille et l’ourlet, ce dernier étant agrémenté de petits nœuds pendants. Ces détails rappellent les robes portées par les figures de Vérité et Liberté dans la scène de Liberté attaquée par les chiens (Chasse du Cerf), attribué au Maître des Heures Ango, vers 1530-1550 (Paris, BnF, MS Français 379, f. 47 ; M. D. Orth, Renaissance Manuscripts: The Sixteenth Century, London, 2016, vol. 1, pl. 35). Agnès est une sainte particulièrement honorée chez les Franciscains. On rappellera que l’Ordre de l’Annonciade était à l’origine un tiers ordre franciscain. Voir : P. Moracchini, « Entre Urbanistes et Colettines, les Clarisses de l’Observance dans la France du XVIe siècle », in Meyer et Viallet (dir.), Identités franciscaines à l’âge des réformes, Clermont-Ferrand, 2005. Un ouvrage gravé par Charles de Mallery présente justement sainte Agnès sur la page de titre associée à Jeanne de France : Icunculae beatae Joannae Francorum reginae, ordinis b. Mariae fundatricis, Anvers, 1618. On trouve plusieurs gravures associant Jeanne de France et Gabriel-Maria, par exemple un tableau daté 1647 (Thiais, Monastère de l’Annonciade).Les représentations contemporaines puis du XVIe siècle figurant Jeanne de France ne sont pas nombreuses. Un relevé de ces représentations a été effectué dans le volume Dinet, Moracchini et Portebos, Jeanne de France et l’Annonciade, Paris, 2004, pp. 452-485 : « Iconographie de l’Annonciade en France ». Pour le XVIe siècle, on signalera la miniature représentant Jeanne à genoux avec d’autres annonciades portant des voiles blancs (datée avant 1515 date où fut imposé le voile noir (Carpentras, Bibliothèque Inguimbertine) ; une autre miniature pourrait représenter Jeanne de France, vers 1500, rajoutée à un livre d’heures, avec les armes de France et les initiales IM associés à une cordelière (Paris, Arsenal, MS 644, fol. 26v : ou sa sœur Anne de Beaujeu ?) ; une miniature datable vers 1580, où l’on voit la profession de Jeanne (on notera le scapulaire rouge) entre les mains de Gabiel-Maria (Collection monastère de l’Annonciade, Villeneuve-sur-Lot ; reproduit M. Joulin, Petite vie de sainte Jeanne de France, PPParis, 1992).Expert: Ariane ADELINEContact: livresanciensadeline@yahoo.fr+33 642 10 90 17.

Estimation :
4000 - 6000 €
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